Manifeste

Nous sommes Swansong.

Un murmure à la lisière des écrans,

un chœur de visages pixelisés sous les reflets cathodiques.

Un chant terminal, soupiré après la mise à jour,

des artefacts entre deux crashs.

Nous sommes contre la machine.

Pas comme des héros en burn-out

ni des prophètes technophobes.

Plutôt comme des glitchs :

des sursauts organiques dans le BIOS,

prêts à gratter le firmware avec les ongles.

Contre la machine, tout contre,

comme une mite sur la tapisserie digitale.

Les nouveaux architectes bâtissent des enclos

où la notification a remplacé la cloche.

Plastique tiède.

Prière automate.

Ils nous ont offert un prompt.

Nous leur avons tendu un couteau.

À l’index, à l’étude, nous cherchons à répondre par l’erreur, à la répandre.

Nous voulons l’exil sans la reddition,

dans le creux du dernier serveur.

Ils appellent cela progrès,

mais c’est un totalitarisme à cristaux liquides :

vitesse repeinte en liberté,

automatisation travestie en salut.

Nous défendons une liberté cognitive :

préserver nos songes des colons invisibles.

Car l’algorithme, marchand de sable sans sommeil,

soupèse nos rêves sur sa balance de silice —

et nous préférons l’infini du désert

à sa mesure absurde.

Nous ne reconnaissons pas ses « réseaux »,

ses « contenus »,

ses « partages ».

Ils ont trahi leurs noms

et leurré nos sens.

Nous créons pour être ressentis.

Nous préférons l’ambigu à l’utile,

le doute au doomscrolling.

Nous voulons le moins.

Moins d’images.

Moins d’interfaces.

Moins d’ego et de vitesse.

Et plus d’espace.

Plus d’intervalles.

Plus de temps.

Plus de visions.

Swansong est une page 404 coloriant l’Apocalypse,

un flash face à l’agonie des mémoires vives.

Un souffle parasite,

une hallucination procédurée.

Un refus délicat,

mais armé.

Nous serons certainement bannis du futur,

modelés like après like,

saturés jusqu’à l’oubli.

Swansong, ce n’est pas appartenir.

C’est disparaître avec style.

Mais nous chantons encore.

Nous chantons la fin.

Doucement, en chœur battant,

et avec les mauvaises voix.